(Source : « Un siècle d’épandage dans la Boucle de Chanteloup, étude de la société paysanne et du parcellaire agricole »
par Gwenhaël Bonté, Maîtrise d’aménagement ; septembre 2002)

Les épandages de la ville de Paris
Le site est souvent décrit comme étant l’ancienne zone d’épandage des eaux usées de la ville de Paris. Le contexte historique est le suivant :
« Au milieu du XIXe siècle, l’assainissement de Paris devient un problème important. Les eaux usées sont emportées en dehors de la ville, en aval, dans la Seine, mais cela crée très vite des nuisances pour les résidents. Il faut épurer les eaux, la solution choisie est l’épandage, c’est-à-dire épurer les eaux d’égout au travers d’un sol perméable cultivé.

En 1889, une loi d’utilité publique permet de réaliser des travaux d’adduction à Achères. Dans le même temps, la plaine de Gennevilliers apparaît alors aux agriculteurs comme une zone fertilisée par les épandages.

Le 10 juillet 1894 la loi du tout-à-l’égout permet le raccordement des immeubles parisiens. Les travaux sur Pierrelaye et la boucle de Chanteloup sont terminés en 1899. En 1900, la Seine ne sert plus de déversoir pour les eaux d’égout. Mais rapidement les volumes des eaux usées augmentent, il est donc être nécessaire d’adjoindre une autre méthode à celle de l’épandage : l’épandage biologique. La première station de ce type est construite à Achères en 1925, et entre en service en 1940.

En 1970 le SIAAP (Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement de l’Agglomération Parisienne) est créé. Sur la zone Carrières-Triel, on trouve 950 ha de terrains irrigables, dont 100 ha propriétés de la ville de Paris, situés sur le territoire de la ferme des Grésillons. Cette irrigation était attendue avec impatience : il faut rappeler que les terrains du secteur sont pauvres dans la plaine, et sur le coteau la vigne est dévastée par le phylloxéra en 1899.

Avant l’épandage, la vigne et les arbres fruitiers (abricotiers, cerisiers, puis pruniers, pommiers et poiriers) faisaient vivre l’agriculteur. La vigne disparaît, puis les arbres fruitiers connaissent la concurrence des récoltes du Midi et de la vallée de la Loire. Les paysans s’adaptent, ils changent leurs cultures et entreprennent le maraîchage, poireaux, céleri-rave, choux-fleurs, pois, pommes de terre…. On ne doit cultiver que des légumes qui seront consommés cuits : les légumes ne doivent pas être en contact avec l’eau. Les agriculteurs ouvrent et ferment eux-mêmes les vannes, surveillent l’écoulement de l’eau, enlèvent les mottes de terre qui gênent son passage… »
*